Ce qu’il s’est passé
La semaine écoulée a été marquée par une nouvelle aggravation des risques énergétiques au Moyen-Orient. Les hostilités entre l’Arabie saoudite et les Houthis se sont intensifiées, avec des attaques rapportées autour de Riyad, Dhahran, Jeddah et Yanbu, ainsi que des menaces contre les installations d’Aramco et l’oléoduc Est-Ouest. Les autorités saoudiennes ont indiqué avoir intercepté plusieurs attaques, mais les informations contradictoires ont maintenu une forte incertitude sur la continuité des approvisionnements.
Les négociations entre Washington et Téhéran restent bloquées sur l’ordre des concessions. L’Iran réclame la fin du conflit, un allègement des sanctions, la libération de ses avoirs et la levée du blocus avant des engagements plus larges. Les États-Unis demandent d’abord des concessions nucléaires. Les incidents rapportés contre des tankers et des navires commerciaux à Ormuz et en mer d’Oman ont parallèlement renforcé les risques de transport, malgré la poursuite du dialogue.
Le pétrole a terminé en forte hausse. Entre lundi et vendredi, le WTI est passé de USD 93,74 à USD 101,41 le baril, tandis que le Brent a progressé de USD 106,65 à USD 109,86, après avoir brièvement atteint USD 110. Les stocks pétroliers commerciaux américains ont diminué de 13,4 millions de barils, dont 8,557 millions pour le brut. Les perturbations restent suffisamment importantes pour que l’AIE anticipe une contraction de l’offre mondiale plus forte que celle de la demande en 2026.
Aux États-Unis, les publications ont confirmé l’accélération de l’inflation. Le CPI de septembre a progressé de 0,6 % sur le mois et de 3,7 % sur un an, tandis que le core a atteint 0,3 % mensuel et 2,6 % annuel. L’énergie a augmenté de 20,4 % sur un an et l’essence de 34,2 %. Les tensions restent donc particulièrement concentrées sur les dépenses essentielles des ménages, alors que l’indice hors alimentation, énergie et logement demeure à 2,0 %.
Le PPI a ajouté une pression supplémentaire, avec une hausse de 1,3 % sur le mois et de 6,3 % sur un an. Les prix de l’énergie à la production ont progressé de 35,4 %, tandis que la mesure hors alimentation, énergie et services commerciaux a atteint 5,0 %. Ces chiffres signalent un risque de transmission aux clients dans les prochains mois, notamment à travers les coûts de transport et de distribution.
L’activité américaine a pourtant conservé une certaine résistance. Les ventes au détail ont dépassé les attentes au niveau global, mais une partie importante de cette progression vient du prix des carburants et le groupe de contrôle a été moins solide. Les inscriptions au chômage sont restées faibles, la production industrielle a surpris positivement et GDPNow a maintenu son estimation de croissance du troisième trimestre à 3,6 %. Le tableau reste donc contrasté après le faible NFP de septembre.
Le CPI a d’abord fait remonter la probabilité d’une hausse de la Fed en octobre d’environ 20 % à près de 50 %. Le marché a même intégré temporairement deux relèvements de 25bp d’ici fin janvier. La correction technologique, la baisse des rendements longs et l’absence de guidage de Kevin Warsh ont ensuite ramené cette probabilité autour de 17 % vendredi. Les responsables restent partagés entre nécessité de contenir l’inflation et possibilité de laisser davantage de temps au resserrement déjà effectué.
En Europe, l’inflation de septembre a été confirmée à 3,8 % pour le headline et à 2,5 % pour le core. La production industrielle de la zone euro a toutefois reculé de 0,5 % sur le mois et de 1,1 % sur un an. La BCE a conservé un ton vigilant, sans considérer que les tensions françaises justifient une intervention. Le spread franco-allemand est resté élevé et l’incertitude budgétaire a continué de peser sur l’euro.
Au Royaume-Uni, le PIB d’août a progressé de 0,1 %, contre une baisse attendue, avec de meilleurs chiffres industriels et manufacturiers. La livre a également bénéficié d’anticipations plus constructives concernant le budget du 28 octobre. En Australie, l’emploi a au contraire reculé de 39,3k et le chômage est monté à 4,7 %, entraînant une réduction des attentes de nouvelle hausse de la RBA. Au Japon, Ueda a maintenu la perspective d’une poursuite de la normalisation, mais une hausse dès octobre paraît moins probable qu’un mouvement en décembre.
La correction de l’IA a constitué l’autre événement majeur de la semaine. Les progrès annoncés par CXMT dans les puces mémoire ont pesé sur le secteur, tandis que les revenus rapportés d’Anthropic et la révision de certaines attentes de valorisation ont fragilisé le sentiment. Le rendement obligataire de CoreWeave, passé au-dessus de 15 %, a surtout attiré l’attention sur le coût du financement et la soutenabilité des investissements fortement endettés.
Les résultats d’entreprises ont été contrastés et les bonnes publications, notamment d’ASML, n’ont pas suffi à inverser la correction sectorielle. Entre lundi et vendredi, le S&P 500 est passé de 7 807 à 7 659 et le Nasdaq 100 de 30 665 à 29 188. Le Dow et plusieurs indices européens ont mieux résisté grâce à leur exposition à l’énergie, à la défense et aux secteurs moins dépendants des grandes valeurs technologiques.
Les Treasuries ont d’abord reculé après le CPI, puis bénéficié des achats défensifs liés à la baisse des actions. Le dix ans est revenu vers 5,09 % jeudi, avant une remontée du long end vendredi avec le pétrole et les inquiétudes sur la prime de terme. Le déficit fédéral de l’exercice 2026, à USD 1 992 milliards, et les paiements d’intérêts bruts de USD 1 360 milliards ont maintenu le risque budgétaire en arrière-plan.
Le dollar a atteint un sommet annuel proche de 102,95 sur le DXY avant de revenir autour de 101,6 vendredi. L’or, initialement tombé sous USD 4 100 après le CPI, a retrouvé la zone de USD 4 150-4 190 avec la demande de protection. Le franc a bénéficié du mouvement défensif, tandis que le yen est resté contraint par les différentiels de taux malgré les signaux plus fermes de la BoJ.